Cinéma, Culture

L’étrange affaire Angélica

 

 

L’Etrange affaire Angélica est le dernier film du cinéaste portugais centenaire Manoel de Oliveira. L’histoire est celle d’un jeune photographe, Isaac, qui est engagé pour faire un portrait de la belle Angélica qui vient de mourir juste après son mariage. Seulement voilà, pendant qu’il prend la photo de la morte, celui ci la voit lui sourire dans son objectif. Forcément, ça doit faire un peu bizarre quand on ne s’y attend pas. Isaac devient alors obsédé par ce visage lui souriant et tombe fou amoureux de la morte. Il sombre petit à petit dans la folie et fera tout pour rejoindre sa belle. Entre temps, il prend des photos de paysans portugais dans les champs (!!?).

Le scénario donne plutôt envie, à la fois romantique et fantastique. Ca fait un peu penser au portrait de Dorian Gray avec cette image qui vie à la place de son modèle. Malheureusement (ou heureusement selon sa façon de voir les choses), on est loin de Ghost et de son histoire d’amour guimauve entre un humain et un fantôme. Chez Oliveira, ca n’est pas aussi simple, pas de Patrick Swayze dans le coin. Il faut réfléchir, interpréter, attendre, voire subir. C’est une histoire d’amour qui se mérite.


 

Morte?

Poésie et Lyrisme

Les 15 premières minutes plantent le décor et l’histoire et sont absolument passionnantes, théâtrales et très esthétiques. Isaac prend sa photo et se rend compte que cette image est vivante et lui sourit. Il est effrayé mais séduit. On est vraiment dans l’histoire fantastique, dans le suspens. On a envie de suivre le cheminement intérieur du photographe et savoir s’il est fou, si elle est encore vivante, s’ils vont s’aimer et se retrouver. Mais ça aurait été trop simple bien sûr.

Car c’est à ce moment là où l’auteur décide de laisser tomber l’histoire principale pour parler de tout et n’importe quoi: la crise économique, la modernité des techniques des travaux des champs, un chat qui attend patiemment de croquer un oiseau… On ne sait plus trop quel est le sens du film mais tout ça est fait dans une sorte de lyrisme cinématographique très abstrait. Et oui, ça n’est plus une histoire d’amour mais une expérience artistique, une réflexion sur le travail de l’artiste, obsédé par son art comme Isaac est obsédé par ses photos.


Pas morte!

Entre magie et ennui

Le film alterne des moments de grâce et d’ennuis profonds. La grâce, comme dans les scènes oniriques où le fantôme de la mariée vient chercher Isaac pour s’envoler avec lui au dessus de la ville et du fleuve. Certainement inspirée de l’Atalante de Jean Vigo dans lequel une mariée phosphorescente emmène son fiancé dans les eaux du fleuve, scène souvent reprise dans les films de Kusturica, nous voilà avec une nouvelle version de la mariée volante. Mais entre ces scènes magiques, il faut en subir d’autres bien longues, comme ces scènes de petits déjeuners entre trois ingénieurs qui parlent de la crise économique et qui m’ont paru durer une éternité.

 

L’étrange Affaire Angélica sera surement perçue comme une véritable épreuve cinématographique pour la plupart et comme un chef d’œuvre pour quelques autres. Moi-même, je n’arrive pas à me décider. Ca doit être sûrement un peu des deux. Ce film m’a fait le même effet que lorsque je suis allée voir Last Days de Gus van Sant. Pendant tout le film, je me suis ennuyée à mourir et quand il s’est fini, je me suis dit: « Déjà? Mais qu’est ce que c’était beau… »

 

 

 

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2 Comments

  • Reply Mamouffe 27 mars 2011 at 18:32

    Ce site embellit de jour en jour, cela doit être le printemps 🙂

  • Reply Yulia Baba 27 mars 2011 at 21:06

    Yulbaba te remercie Mamouffe 🙂

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