Cinéma, Culture

Jacky au royaume des filles, ou Cendrillon chez les Ceaucescu

Et si Cendrillon était un garçon? Et si le prince charmant était une belle colonelle d’un pays imaginaire où l’on adore les poneys? et si c’était les femmes qui étaient au pouvoir et les hommes, soumis, à la maison?  Voilà toute l’intrigue du nouveau film de Riad Sattouf, Jacky au royaume des filles.

jjacky au royaume des filles

Alors que son dernier film Les beaux gosses m’avait déjà fait mourir de rire, ce conte étrange transposé dans un monde où les genres sont inversés sort vraiment du commun. Alors qu’au cinéma, on a souvent l’impression de voir les mêmes films, pour le coup, je ne me souviens pas d’avoir déjà vu une histoire pareille: absurde, originale et tellement drôle. Quel film étonnant que Jacky au royaume des filles de Riad Sattouf.

Jacky, une cendrillon inversée

En république démocratique et populaire de Bubunne, les femmes ont le pouvoir, commandent et font la guerre, et les hommes portent le voile et s’occupent de leur foyer. Parmi eux, Jacky (Vincent Lacoste), un garçon de vingt ans, a le même fantasme inaccessible que tous les célibataires de son pays : épouser la Colonelle (Charlotte Gainsbourg), fille de la dictatrice, et avoir plein de petites filles avec elle. Mais quand la Générale décide enfin d’organiser un grand bal pour trouver un mari à sa fille, les choses empirent pour Jacky : maltraité par sa belle-famille, il voit son rêve peu à peu lui échapper…

jacky au royaume des filles

Le bal des débutantes

Jacky c’est cendrillon à l’envers. Un pauvre petit être innocent martyrisé par tous mais qui poursuit son rêve jusqu’au bout. Mais quand cet être fragile est un garçon, dont toutes les femmes tentent d’abuser, toutes les codes sont bousculés et provoquent des scènes complètement loufoques et décalées.

jacky au royaume des filles

Jacky, quel beau gosse

Parce que Jacky, il est plutôt joli garçon et fait tourner les têtes des filles du village. Entre la fille de l’épicière qui vient lui chanter des sérénades, la Cheriffe (Valérie Bonneton, la fameuse Fabienne Lepic) tellement émoustillée par le jeune homme qu’elle le poursuit de ses ardeurs jusqu’à une scène de viol assez incroyable et la colonelle qu’il tente de séduire, Jacky n’est vraiment pas au bout de ses peines. Et nous, on n’a pas fini d’en rire.

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La cheriffe Fabienne Lepic

Une parodie réussie du totalitarisme

La République populaire et démocratique où vit Jacky est une sorte de mélange entre URSS des folles années et une autocratie islamiste radicale. Le tout poussé à l’extrême bien sur. Toute l’imagerie de la propagande communiste y passe: les affiches au mur, les grands discours, les tenues militaires, les immenses bâtiments. On se croirait dans la Roumanie des années 80. En plus glauque. L’imagerie communiste est poussé jusque dans le jeu de Noémie Lvovsky, la tante de Jacky, qui, si on lui ajoutait une moustache, ressemblerai à s’y méprendre à Staline. Bluffant.

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Joseph Lvovski (à moins que cela soit Noémie Staline)

La grande Générale à la tête du pays, est incarnée par la loufoque Anémone. Cette Kim jong Il au féminin n’a rien à envier aux plus grands dictateurs. Exécutions à la pelle, condamnations arbitraires, mépris du peuple, elle tient son rang à merveille.

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La petite mère des peuples

C’est aussi bien sur, la condition de la femme (ou plutôt de l’homme dans le film) qui est dénoncé aussi avec les burkas dont les hommes sont affublés dans le film.

Un monde à l’envers

La grande idée d’inverser les rôles est aussi très déstabilisante. Souvent pendant le film, on prend quelques instants pour remettre les choses à leur place en s’imaginant les rôles à l’envers. Car ici tout est à l’envers: les femmes à la place des hommes, le féminin à la place du masculin.

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Chacha à l’entrainement

Cette fable farfelue a été pour moi un très bon moment de cinéma. De part sa différence et son originalité d’abord, car ce film ne ressemble à aucun autre. J’ai aussi aimé cette critique de la domination, tournée en dérision grâce à l’humour. Enfin, les très bons acteurs de ce film (Charlotte Gainsbourg, Didier Bourdon, Valérie Bonneton etc. ) contribuent à dresser une galerie de personnages cocasses et décalés, tous plus loufoques les uns que les autres.

affiche

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5 Comments

  • Reply Lilie In The Cloud 31 janvier 2014 at 16:52

    Un film que j’ai hâte d’aller voir, car il conjugue beaucoup de thèmes – le radicalisme, la politique, le sexisme, et ta critique semble montrer qu’il manie les thèmes à la perfection. Malheureusement, j’ai peur que ce genre de film prête à de vaines controverses.

  • Reply Aurore 31 janvier 2014 at 19:13

    J’aime beaucoup ta critique ! J’avais mis la barre très haute, du coup je suis un peu déçue de ce que le réal a fait de son idée de départ. Trop potache pour être tout à fait réussi selon moi, il a perdu de son éclat au fil du film … Dommage !

  • Reply Fine Bessot 1 février 2014 at 10:42

    Curieusement je n’ai pas beaucoup ris. La bande annonce donnait à voir des moments de bravoures que je n’ai pas trouvé. Le parti pris de la grisaille, de la laideur et le final m’ont beaucoup déçue. Je ne recommanderais pas ce film alors qu’il y avait matière à faire du vitriol, dommage, dommage !

  • Reply L'Arabe du futur, de Riad Sattouf (BD) - YULBABA 29 juillet 2014 at 07:10

    […] scène qui me fait régulièrement mourir de rire. J’ai adoré ses films, les beaux gosses et Jacky au royaume des filles, et ses livres comme La vie secrètes des jeunes, chronique furieuse et drôle des adolescents […]

  • Reply L'arabe du futur - tome 2, de Riad Sattouf (BD) - YULBABA 28 juin 2015 at 20:11

    […] de cette BD autobiographique, Riad Sattouf, l’auteur et réalisateur des beaux gosses et de Jacky au royaume des filles, racontait son enfance dans la Lybie de Kadhafi. Son père syrien rêvait d’un monde arabe […]

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